Quand l’IA sape la sécurité des organisations belges
80% des organisations autorisent leur personnel à utiliser des outils d'IA. Mais à peine 30% d’entre elles disposent d'une politique officielle en la matière. Seule une organisation sur quatre a adapté sa stratégie de cybersécurité face aux dangers liés à la propagation des outils intelligents. Analyse.
L'IA progresse très rapidement au sein des organisations belges. Mais tandis que les travailleurs sont de plus en plus nombreux à utiliser des outils d'IA, les stratégies de cybersécurité restent à la traîne, conclut le dernier rapport sur la cybersécurité 2026 réalisé par Proximus NXT en collaboration avec l’institut de sondage Ipsos auprès de 403 organisations belges comptant plus de 10 collaborateurs.
L'enquête montre ainsi que l'IA est largement autorisée et utilisée dans le travail quotidien, mais les politiques de sensibilisation et les stratégies de cybersécurité ont du mal à suivre. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
-81 % des organisations indiquent que leur personnel est autorisé à utiliser des outils d'IA dans ses tâches quotidiennes.
-29 % seulement ont mis en place une politique formelle en matière d'IA (avec de fortes disparités selon la taille de l'entreprise).
-37 % seulement organisent des campagnes de sensibilisation aux risques et responsabilités liés à l'utilisation de l’IA pour leur personnel.
-26 % seulement ont adapté leur stratégie de cybersécurité face aux évolutions récentes de l'IA, principalement pour mieux se protéger contre les menaces liées à cette technologie.
La cyberrésilience devient un enjeu stratégique
Le rapport souligne également que les organisations ont tendance à considérer l’IA davantage comme un nouveau facteur de risque que comme une opportunité stratégique en matière de cybersécurité. Même si l’IA est de plus en plus utilisée pour aider à détecter les menaces.
Sur le terrain, l’IA s’impose dans les environnements de travail à un rythme que la plupart des organisations peinent à suivre en termes de mesures de sécurité. Il en résulte un écart croissant entre adoption et protection. La cyberrésilience n’est plus un enjeu purement IT : c’est une responsabilité stratégique.
« Les organisations ont besoin d’une approche intégrée, alignant les personnes, les processus et les technologies, avec une gouvernance claire et des choix structurés en matière de cybersécurité appliquée à l’IA » - Fabrice De Windt Proximus NXT Lead.
Des attaques aux coûts financiers astronomiques !
Ce déficit de gouvernance en matière d’IA survient à un moment où la pression en matière de cybersécurité reste forte au sein des organisations belges. L’enquête révèle en effet que 57 % d’entre elles ont subi au moins une tentative de cyberattaque au cours de l’année écoulée, et 20 % ont signalé que cela avait conduit à un incident de cybersécurité avéré. Ce phénomène touche particulièrement les grandes organisations.
« Ces attaques prennent le plus souvent la forme de l'ingénierie sociale ou du phishing. Près de la moitié des organisations (43 %) signalent des tentatives, mais 4 % seulement de ces dernières aboutissent à un incident réel ».
Les conséquences sont tangibles : 59 % des incidents ont entraîné des coûts financiers et 17 % ont conduit à une incapacité temporaire de travail du personnel.
Des stratégies de cybersécurité en panne de personnel
Les résultats de l’étude montrent également des progrès dans la manière dont les organisations structurent leur cybersécurité : 74 % déclarent disposer d'une stratégie de cybersécurité. Pourtant, il ne suffit pas nécessairement qu’une stratégie soit en place pour que les organisations se sentent suffisamment protégées contre l'évolution des menaces.
À cela s’ajoute le facteur humain, qui reste critique : le personnel peut constituer un point d'entrée pour les cyberpirates, pour peu qu’il ne soit pas suffisamment sensibilisé ou formé. Malgré cela, 37 % des organisations ne mènent toujours aucune campagne de sensibilisation à la cybersécurité. Dans le même temps, 34 % font état d'un manque d'expertise interne, de plus en plus lié à la disponibilité de compétences spécialisées plutôt qu’aux effectifs.
La sensibilisation à NIS2 reste limitée
Alors que la réglementation en matière de cybersécurité prend de l'importance, de nombreuses organisations en sont encore à la phase préparatoire. 15 % des personnes interrogées indiquent être soumises aux obligations de la directive NIS2. Les deux tiers d'entre elles, pourtant, déclarent ne pas encore être pleinement conformes.
Pour conclure, l'enquête de Proximus NXT montre que les organisations belges opèrent dans un environnement où les cybermenaces persistent, où la réglementation se durcit et où des technologies telles que l'IA redéfinissent à la fois les risques et les opportunités. Dans ce contexte, la cyberrésilience devient de plus en plus une responsabilité stratégique qui dépasse le cadre de l'IT.
Le rapport est disponible ici : https://proximus.showpad.com/share/d2m1XhHNQcNR36Zjd24NU